Fiche technique
Distribution
Yvonnes Printemps
Jean Perier
Production
Décors : Paquereau
Costumes : Pascaud et Marianne Buzenet
Chapeaux : Lewis
Chaussures : Galvin
Tapis : maison Dalsème
Revue en quatre actes
En collaboration avec Albert Willemetz
Musique de Claude Terrasse
Crée au théâtre du Vaudeville le 31 octobre 1918 (106 représentations du 30 octobre 1918 au 19 janvier 1919)
Yvonnes Printemps
Jean Perier
Décors : Paquereau
Costumes : Pascaud et Marianne Buzenet
Chapeaux : Lewis
Chaussures : Galvin
Tapis : maison Dalsème
Théâtre Le Vaudevielle - La Revue de Paris, revue en4 actes de MM. Sacha Guitry et Albert Willemetz. C’est par élégance personnelle ou par jeu littéraire de synecdoche que M. Sacha Guitry a intitulé Revue de Paris la revue qu’il donne au théâtre du Vaudeville en collaboration avec M. Albert Willemetz. Le titre exact de ce spectacle devrait être la Revue de Sacha Guitry. De nous-mêmes, nous l’avons rétabli, si grande est la force d’attraction de cet auteur comédien, poète aux symboles vivants et jongleur d’observations aiguës.
M. Sacha Guitry est comme le soleil pour se ranger dans son orbite, les faits et les individus semblent s’écarter du chemin raviné dela fatalité. Nous, spectateurs, sommes la terre ; nous tournons à son ordre s’il sourit, ç’est le jour ; s’il s’attriste, c’est la nuit. Seuls, Mlle Yvonne Printemps et M. Jean Périer sont des astres assez importants pour provoquer, par instants, des éclipses de soleil. Il y a dans la Revue de Paris Sacha Guitry qui représente l’ennui, l’ennui de la province, myopes-cafard, impérieux, irrésistible. A son contact, on rentre la tête dans les épaules, on bâille et on court à la gare.
Il y a Sacha Guitry dans un grand restaurant de Paris à la fois présent et lointain, il assiste aux petites scènes de notre actualité. D’un mot, d’un geste, d’un coup d’œil, il crève les ballons et congédie lès raseurs. Il y a Sacha Guitry, sous la forme qui nous est chère de ’Jean de La Fontaine Jean de La Fontaine à Château-Thierry, devant sa maison que les Allemands bombardent. Ce dernier outrage de nos ennemis à notre passé, à notre véritable patrimoine a été plus sensible que les autres au cœur du poète et l’a décidé à sortir de la réserve dans laquelle il était resté.
Enfin, il, y à Sacha Guitry, « l’illusionniste » de la Prise de Berg-op-Zoom ou de Faisons un rêve se parodiant lui-même avec cette franchise qui n’est pas dupe, cette jeunesse égoïste qui est si généreuse, cet esprit sûr du pardon qui sont ses moyens les plus naturels et les plus rares de séduction. Il y a donc Sacha Guitry, parce qu’il est le soleil mais il y a aussi tout son système solaire. Poursuivie par l’art pompier, une danseuse de Degas est défendue par le Charles Ier de Van Dyck la scène est à triple expansion, satire, apologie, allusion a l’entente cordiale et à, ces expositions de nos peintres impressionnistes qui firent en Espagne et en Suisse la meilleure propagande
française.
Au deuxième acte, on voit M. Boret se présenter en maître d’hôtel dans un grand restaurant et jouer Ruy Blas, cependant que Christophe Colomb se plaint d’être oublié, alors que La Fayette, etc. Au quatrième acte, l’acte des théâtres, un ténor d’opéra n’en finit, pas de chanter ; à la Comédie Française, un don Diègue de dix-huit ans confie sa vengeance à un Rodrigue de quatre-vingts,ans à l’Opéra-Comique, il y a deux chanteuses pour le même rôle de Manon au Casino de Paris, démonstration spirituelle de la fantasia des finales, du toc des fameux « ensembles », de la cacophonie des jazz-band.
Vous pensez bien que ces tableaux ne sont pas liés par les présentations d’un compère et d’une commère. Une famille de Parisiens qui a connu l’ennui en province est rentrée et se partage, l’action le mari, la femme, le fils, la bonne qui s’étonnent, dans des rôles divers, de se trouver des airs de ressemblance, car c’est le grand jeu de M. Sacha Guitry de toujours indiquer au public comment on fait le tour- de force ou d’adresse. Mlle Yvonne Printemps, émouvante par sa beauté saine et sa calme harmonie dans la danseuse de Degas, se transforme en danseuse espagnole pour narguer la grippe, redevient elle-même pour danser le finale, apparaît ensuite en petite réfugiée et chante avec un art parfait la complainte de Debussy, et revient encore en éblouissante Manon.
M. jean Périer est le beau Van Dyck, l’amer et calme Boret maître d’hôtel ; puis il est Jean Périer, dans son rôle de Lescaut et toute la salle s’associe à l’hommage qui lui est rendu sur la scène. Auprès de ces deux grands artistes, collaborateurs véritables, Baron fils, si digne de son nom, Mlle Simone Judic, de plus en plus digne du sien, Mlles Alice Bonheur, Jeanne Fusier, MM. Hiéronimus, Barrai, Fernal, Pierre Maudru, se multiplient sans se presser, animent cette revue sans le secours de la moindre girl.
L’esprit peut donc remplacer, à Paris, les jambes nues et les danses acrobatiques ? Quelle reconnaissance devons nous à M. Sacha Guitry, qui pouvait faire, qui a fait cette démonstration Quel plaisir, quel bénéfice personnel pour chacun de nous (et qui double évidemment notre plaisir) que de constater le succès éclatant de sa revue, que d’écrire en manchette « For french lesson, go to Vaudeville. »
Régis Gignoux, Le Figaro, le 2 novembre 1918