Fiche technique

Distribution
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Henry Cooper : Socrate
Charles Lamy : Strepsiade
Albert Dieudonné : un vieux mendiant
J Laisne : l’injuste, Phidippide
Henri Bosc : le disciple
Taillard : le juste
Bertrand : le passant
Godard : l’homme en rouge
Nelly Cormon : première nuée
Estelle Dehon : une marchande de légumes
Janelly-Wolff : une nuée
Julia De Cléry : une nuée
Lucie Touchais : une nuée
Stellane : une nuée
Valmy : une nuée

Critique

Critique parue dans le Figaro du 30 décembre 1906
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M. Sacha Guitry s’est offert le plaisir d’une traduction ou plutôt d’une adaptation des Nuées d’Aristophane, qui n’aurait point manqué, sans doute, d’étonner légèrement le grand comique grec, mais dans laquelle le jeune auteur de Nono et de Citez les Zoaques a témoigné une fois de plus de son esprit alerte et ingénieux, de sa gaminerie mordante et primesautière,
de toutes les qualités enfin qui nous ont permis dès le premier jour de placer en lui les espoirs les plus charmants et les plus certains.

A vrai dire, on peut reprocher à l’adaptateur des Nuées d’avoir, d’une part, diminué la bouffonnerie excessive où se complaît souvent Aristophane,et d’avoir supprimé aussi presque toute la partie lyrique de l’œuvre, qui constitue pourtant le mérite principal de la comédie antique. Tant qu’à prendre de telles libertés avec Aristophane, il fallait, si j’ose dire, y aller plus carrément et se lancer dans une parodie tout à fait outrancière. Les Nuées, d’ailleurs, ne sont point parmi les meilleures pièces de l’illustre satirique. Aristophane, qui détestait l’esprit nouveau, s’est plu à confondre Socrate avec les sophistes au vers creux et au raisonnement spécieux qui encombraient alors tous les carrefours littéraires d’Athènes.

Les accusateurs du philosophe prirent texte de plus d’une phrase des Nuées pour édifier leur réquisitoire contre Socrate. La partie vraiment originale de l’œuvre est celle où les Nuées conversent entre elles, par la voix du chœur, dans un langage d’une poésie délicieuse et d’une ironie qui mérite à tant de points de vue l’épithète, dont on a fort abusé depuis, d’attique. M. Sacha Guitry n’a point donné à cette partie charmante tout le développement désirable, et il a trop allongé, au contraire, certains dialogues qui demandaient à être plus resserrés.

En revanche, les scènes du premier et du dernier tableau, entre Strepsiade et son fils Philippide, sont pleines d’agrément, de fantaisie et d’invention comique. De sujet, il n’en est point, ou du moins il n’en est guère. Strepsiade est un vieil avare qui se désespère d’avoir à payer les dettes de son fils Philippide qui, pour avoir de beaux chevaux et des chars à la mode, dilapide joyeusement l’héritage paternel. Comment Strepsiade pourra-t-il se dérober à cette obligation ? « Allez voir Socrate. lui conseille un zélé disciple du philosophe, il vous en enseignera le moyen. » Strepsiade se rend donc au- près de Socrate, qui appelle à lui les Nuées, c’est-à-dire les phrases obscures et les vagues lieux communs qui permettent de se tirer avantageusement de toutes les situations. Socrate fait ensuite assister le jeune Philippide au dialogue du Juste et de l’Injuste, dans lequel, comme il sied, l’Injuste sort vainqueur du tournoi.

Animé par les préceptes de l’esprit nouveau, Philippide donne sur l’heure une volée de coups de bâton à son père, mais avec de si bons arguments que Strepsiade lui-même doit se déclarer ravi. Il ne fait point toujours bon de se fier à la sagesse des philosophes, assembleurs de nuées, tel est l’avis qu’Aristophane a voulu nous donner au cours de cette aventure à la fois bouffonne et lyrique. M. Maurice Landay a su fournir à Aristophane et à M. Sacha Guitry une interprétation qui, bien que peu homogène, a enlevé les quatre tableaux des Nuées avec beaucoup de mouvement et de gaieté. M. Charles Lamy, dont le talent est non seulement très bouffe mais aussi très fin,a joué avec la plus amusante fantaisie le rôle de Strepsiade. M. Cooper, qui pour la première fois abordait un rôle de composition, a dessiné avec infiniment de goût, d’agrément et d’esprit la figure de Socrate. M. Dieudonné a tracé avec vigueur et autorité la silhouette du vieux mendiant, et Mlle Nelly Cormon a été la plus charmante et la plus lumineuse des Nuées.

Emmanuel Arène, Le Figaro, le 30 décembre 1906