Fiche technique

Distribution
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Sacha Guitry (Daniel Bacheley)
Pasquali (Michel Aubrions)
Léon Walther (Le Baron de Charançay)
Richard Francœur (M. Le Canut)
Noël Roquevert (Un Commissionnaire)
Georges Lemaire (M. Blandinet)
Henri Chauvet (un Monsieur)
Hélène Perdrière (Madeleine Bacheley)
Mona Goya (Valentine Klin)
Solange Varenne (Henriette Vinzand)
Jeanne Fusier-Gir (Julie Bille-en-Bois)

Reprises
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1952 : Théâtre des Variétés (Paris)
1962 : Théâtre de la Madeleine (Paris)
1986 : Théâtre du Palais-Royal (Paris)
1991 : Théâtre de la Madeleine (Paris)
2019 : Théâtre de la Michodière (Paris)

Critique

Le Petit Parisien, le 26 mai 1942
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Eh bien qui douterait de paris n’a qu’à se rendre ait théâtre de la Madeleine. C’est depuis longtemps le théâtre de M. Sacha Guitry. Allons-y. La précédente pièce ou la dernière, aucune surprise ne nous attend ou plutôt toujours la même surprise que provoquent en nous la miraculeuse veine de cet homme prodigieux, son génie nonchalant, son esprit. Nul en France n’a présentement plus d’esprit que lui, ni plus d’Imprévu dans l’esprit. Il en a de toutes le9 aortes, de l’acide et de l’amer, et du Cynique. et plus encore du joli, du gamin. Il en a du léger et du grave. Et de l’émouvant et du très humain. Et cela amuse extraordinairement, fait sourire, et nous remue de délicieuses secousses, et c’est charmant c’est profond, et puis soudain nous éclatons de tire, d’un rire franc, direct, qui liber ?. Qui ne voudra voir N’écoutez pas mesdames Tout le monde ira, c’est bien sûr. Et les autres suivront. Et ça durera très longtemps jusqu’à la prochaine pièce de M. Sacha Guitry.

Raconter cette comédie, ce n’est pas facile, car la situation, sous l’exquise indolence de sa facture, est extrêmement compliquée. et c’est impossible si l’on veut rendre le ton de gaie misogynie, de philosophie indulgente qui accompagne chaque mot, chaque scène, sa drôlerie, sa grâce, et sa tendre raillerie. Car voua pensez bien que tout cela foisonne, pétille, jaillit A tout instant, endort nos soucia, fait chavirer le sablier du temps. Et c’est fini et l’on voudrait A peine que ça commençât.

Sachez seulement que Daniel Bacheley (M. Sacha Guitry), antiquaire dilettante, époux d’une femme exquise et légère (Mlle Hélène Perdrière et divorcé d’une poétesse excitée (Mlle Mona Goya) est parvenu et ce point d’une crise conjugale ou l’on est terriblement clairvoyant parce qu’on n’aime plus assez les femmes encore trop pour n’en être de la première épouse et de la seconde à travers l’appartement salon d’exposition, où se rencontrent aussi une vieille et attendrissante maîtresse qui servit jadis de modèle à Toulouse-Lautrec (Mlle Jeanne Fusîer-Gir), Un cocasse acquéreur (M Léon Walther), un pittoresque commis de magasin (M. Georges Lemaitre), un vendeur dans le besoin (M. Francoeur), un irrésistible commissionnaire (M. Noël Hoquevert), un ami du modèle courant, fidèle et perfide à la. fois (M. Fasquali), va créer une série d’imbroglios et de libre fantaisie dans laquelle se déroule la pièce, vaudeville par certains aspects, comédie par la vérité des sentiments, les nuances des caractères, la perfection du naturel.

Et que dire des interprètes. Au rebours du mancenillier, M. Sacha Guitry projette sur la scène une ombre qui crée la vie et le talent. Ne parlons pas de lui. Il est lui-même. Mais qu’un acteur l’approche, le charme opère. Le comédien médiocre devient bon et le bon excellent parfois admirable. C’est le cas dans N’écoutes pas, mesdames Mlle Hélène Perdrière, M. Pasquali, M. Noël Roque:vert sont meilleurs qu’on, ne les a jamais vus, M. Roquevert surtout, dans une scène d’abandon, où un brave type de commissionnaire parlant, ouvre son cœur d’homme simple convaincu, comme chacun ici-bas, de l’exception de sa destinée.

Et Mlle Mona Goya presque ignorée malgré une carrière déjà longue au cinéma, et au music-hall, s’élève d’un bond au ciel des étoiles de Paris. Elle est jeune, riante, vivante, intelligente remarquable. Et pour Mlle Jeanne Fusier-Gir, elle obtient un triomphe. Son rôle épisodique devient le plus surprenant attrait de la mirée. Quel art quel talent elle a, pour exprimer les origines faubouriennes de commerce des artistes, ce qu’ont ajouté cela la vie de théâtre et aller et ces vulgarités, une expérience malicieuse et un esprit de tous les diable, puis, à travers la gentillesse canaille des manières, une bonté et une loyauté d’excellent fille, des accents d’une telle vérité, d’une si émouvante humanité, que les applaudissements éclatent à chacune de ses répliqués.

Ah comme c’est rendu ! Clairement, largement, avec un naturel, une franchise, un brin également de poésie douloureuse. De telles actrices sont rares. Regardez ça, mesdames

Alain Laubreaux, Le Petit Parisien, le 26 mai 1942