Le rideau se lèvera ce soir sur le décor de bois sculpté de TOA la nouvelle pièce de Sacha GUITRY
Je l’ai rencontré dans l’escalier. Il descendait lentement, le visage grave et fermé sur ses soucis et ses amertumes.
— Vous désirez me parler, monsieur f
— Je voudrais avoir les éléments d’une avant-première.
— On ne m’avait pas prévenu. Que vous dirai -je ? Je suis tout le contraire de ce que l’on dit de moi : j’ai horreur de parler de mes pièces.
Je. n’ai jamais fait de publicité. Mais si cela vous intéresse, venez avec moi sur le plateau.
La rampe et les herses de la scène du Gymnase éclairent violemment une équipe d’ouvriers qui s’affaire à la construction des éléments du décor dont les principaux sont déjà dresses.
— C’est tout de même mieux que la toile dont on se servait autre fois. me dit Sachn Guitry. On devrait toujours respecter l’unité de lieu, Le théâtre, aujourd’hui, est tué par l’abus du décor. Mais voyez comme celui-ci est beau… Ft Sacha Guitry va d’un panneau à l’autre, passe, avec gourmandise, un doigt expert sur les légers ornements sculptés.
— Tous ces vides seront comblés de livres. Ici il y aura des tableaux, là aussi. Il fait vraiment maître de maison. Nous faisons le tour du propriétaire.
— Tôa. votre nouvelle pièce, est une comédie contemporaine ?
— Oui. contemporaine
— Vous ares repris l’un de vos anciens ouvrages ?
— Il ne reste, que quelques répliques.
— Vous ne faites pas de générale ?
— Comprenez -moi, monsieur : un homme qui, depuis quatre ans a été abreuvé d’injures, n’a pas envie de se retrouver en face d’une meute acharnée.
— Les critiques cependant, s’ils ont fait des réserves, ne vous ont pas injurié.
— Peu m’importe ce que disent les critiques. J’ai écrit 118 pièces.
Silence. Je sens bien que Sacha Guitry ne me dira plus un mot.
Pour prendre, cependant, congé sur quelque chose de positif, je lui demande les noms de ses interprètes.
— Il y aura I.ana Marconi, Jeanne Fusier-Gir, Mireille Perrey et Robert Seller.
Mais je n’obtiendrai pas un mot de plus et je n’ai plus qu’à me retirer
Pierre-André Baudet, L’Aube, le 6 mai 1949